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  Gustave Roud / Journal - Carnets, cahiers et feuillets 1916-1971

2 volumes (420 et 396 pages). Texte établi et annoté par Anne-Lise Delacrétaz et Claire Jaquier.

Tout au long de sa vie, le plus souvent sporadiquement, parfois au jour le jour, Gustave Roud (1897-1976) a consigné ses notes de journal, données ici pour la première fois dans leur intégralité, sur des supports matériels aussi nombreux que variés.
Qu’il ouvre à sa table un cahier d’écolier ou qu’il griffonne calepins et feuillets de fortune au détour d’un sentier, le poète révèle un moi inquiet, soucieux de formuler une vocation indissociable de sa passion.
Car la poésie – "ma seule raison d’être" – se nourrit chez Roud d’un besoin de côtoyer ses amis paysans, sans que son désir pour eux soit jamais comblé.


Quelquefois, cette raison de vivre première se laisse oublier. Le Journal donne alors à lire, dans leur émouvante monotonie, le cortège des journées : événements quotidiens, soucis domestiques, travaux en cours, rencontres et visites, lecture et jardinage.
Mais, plus que le lieu d’une confession personnelle ou le théâtre de l’existence ordinaire, le Journal de Gustave Roud est un atelier de papier où les textes, saisis sur le vif, attendent de devenir des poèmes – peut-être.

Anne-Lise Delacrétaz & Claire Jaquier

Extrait du volume I, p. 252.

22 mars [1932]
onze heures à Corcelles, à peine, à cause du ciel bas et du temps calme. La bise est tout à fait morte ; il fait sombre mais la lumière, à cause de sa faiblesse est douce. Les merles chantent dans les frênes au fond du ravin, j’entends à ma droite le tic tac de ma montre pendue au tronc d’osier ras.
Douceur, je respire au cœur même de la douceur, non point fade, mais celle qui naît d’une force d’elle-même heureuse. Olivier penche la tête sur le falot qu’il noue d’une ceinture d’osier ; le jour caresse la frange des cils baissés sur un regard bleu sombre, un peu rompu de vert et de gris, comme en lui-même retiré, sans ce lumineux éclat de journées de neige ou de soleil. Le hâle et la couleur du sang se marient sans heurt et ces mains, ce visage sont
la neige commence.

Gustave Roud, Journal - Carnets, cahiers et feuillets 1916-1971, Editions Empreintes, 2004

 

Page créée le 13.07.04
Dernière mise à jour le 25.08.04

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