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P. Flurin Maissen

(1906-1999)

 


romanche - français

Sut il badugn

Grischatschs, stgirs e grevs
seplacc’en rasada sco in tgierp senza veta
il crap original.

Sulegl e glina,
neivs e plievgias,
vents ed urezis
van surora dapi lur naschientscha.

Van surora ch’il grep sesmiula e sesmola,
fa cozza, s’indira e setuorna.

In sem! – Tgisa danunder –
setschenta sissu, curdaus ord il vent.
Setschenta sil tratsch virginal
ch’ei aunc main staus purtonts d’in esser vital.

Dal sem zeclin anora,
sco dad ina forza concentrada,
van nunveseivels impuls e repuls da tuttas varts.

Orcans han mo preparau,
organs fan de pli,
survargan cun crescher lur atgna quantitad,
mantegnan denton sco gigant lur natira.

Organs existan el claus de pudientscha
gia el schierm intim dil fin semet.

Ferton che la materia va la via cumadeivla,
               la via nivellonta,
               la via senza pendenza,
               la via che fa buca fastitgs,
               la via senza muossavia,
               ina via ultiva ch’ei buca via,
               perquei ch’ella ei dapertut,
               en tuttas direcziuns,
               la via senza direcziun,
               la via scalara, senza distanza fixa,
               la via della entropia carschenta –

Ferton che la materia va sia via,
               va il spért, la veta, la voluntad
               in’autra via:
               la via dinamica,
               la via che schendra tensiuns,
               fa cular ils sucs della veta,
               dedesta contrast,
               interrumpa il grisch lungurus,
               sparta planiras da spundas,
               zercla il stgir dal clar,
               e zeivra colurs ord igl alv monoton.

Mo in sem eis ei stau avon onns,
ed uss in badugn ancraus sin in rieven.

               Il best sesparta,
               la roma sesparta, sespartan fadetgnas da tuttas varts,
               e feglia setegn vid mintga fustitg.

Da sum tocca dem
cula ad in cular il suc della veta.

*

Badugn!

Ti stendas la bratscha el vast infinit.
La tschema sesaulza embora,
sefui dal terren.

Jeu vi!

Mo tuttina, jeu sentel
mias ragischs francadas el funs;
e quel retegn il sgol egl azur.

***

 

Sous le bouleau

Grisâtre, sombre et lourd
se plaque en couche comme un corps sans vie
le roc originel.

Soleil et lune,
neiges et pluies,
vents et orages
passent et repassent depuis leur naissance.

Passent et repassent, que le roc
s’effrite et s’émiette,
se fait couverture, durcit et vient à point.

Une graine! – Qui sait d’où? –
se pose dessus, tombée du vent.
Se pose sur le terreau virginal
qui n’a jamais porté d’être vivant.

De la graine minuscule,
comme d’une force concentrée,
sourdent de toutes parts d’invisibles flux et reflux.

Les orages n’ont que préparé,
les organes font plus,
ils dépassent en croissant leur propre quantité,
maintiennent cependant comme géants leur nature.

Les organes existent dans l’enclos du possible
déjà dans le germe intime de la fine semence.

Tandis que la matière va la voie commode,
               la voie nivellatrice,
               la voie sans pente,
               la voie qui ne laisse pas de traces,
               la voie sans indications,
               une voie égale qui n’est pas voie,
               parce qu’elle est partout,
               en toutes directions,
               la voie sans direction,
               la voie scalaire, sans distance fixe,
               la voie de l’entropie croissante –

Tandis que la matière va sa voie,
               va l’esprit, la vie, la volonté
               une autre voie:
               la voie dynamique,
               la voie qui engendre les tensions,
               fait couler les sucs de la vie,
               éveille le contraste,
               interromp le gris lassant,
               sépare les plaines des pentes,
               sarcle le sombre du clair,
               et extrait les couleurs du blanc monotone.

Cela n’a été qu’une graine il y a des années,
et maintenant un bouleau ancré sur un talus.

Le tronc se ramifie,
les branches se ramifient,
se ramifient les rameaux de tous côtés
et des feuilles s’accrochent à chaque brindille.

De haut jusqu’en bas
coule sans s’arrêter le suc de la vie.

*

Bouleau!

Tu étires les bras en vaste infini.
La couronne se dresse vers le ciel,
s’enfuit de la terre.

Je veux!

Mais cependant, je sens
mes racines enfoncées dans le sol;
et celui-ci retient l’envol en l’azur.

 

Traduction du romanche par Jean-Jacques Furer

Page créée le: 08.01.09
Dernière mise à jour le 08.01.09

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