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Claude Cueni
Le Grand Jeu, Traduction de Nicole Taubes, Editions Pygmalion, 2008

4ème - Critique, par Francesco Biamonte -
In breve in italiano
- Kurz und deutsch

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  Claude Cueni / Le Grand Jeu

 
Claude Cueni , Le Grand Jeu,

"Si vos théories me convainquent, ce n'est pas une table de jeu que je mettrai à votre disposition, mais toute une nation. Vous ne jouerez pas avec des jetons, mais avec des millions de gens." Ainsi s'adresse Philippe d'Orléans, régent de France, à son futur ministre des Finances, John Law, inventeur du billet de banque et grand spéculateur. Libertin adulé par les femmes, génie de la finance et joueur invétéré, John Law pourrait être le frère de Barry Lindon. Ce roman trépidant raconte sa vie d'aventurier, depuis les brumes de l'Ecosse jusqu'aux lumières de Venise, en passant par un Paris aussi scandaleux dans ses alcôves que dans les manipulations financières.

Né à Bâle en 1956, Claude Cueni a publié son premier roman historique en 1980. Il est aussi l'auteur de scénarios. Veuf il partage sa vie entre Binningen, près de Bâle, et Hong Kong. Le Grand Jeu va inspirer un film, actuellement en cours de tournage, avec des stars internationales.

Claude Cueni , Le Grand Jeu, Traduction de Nicole Taubes, Editions Pygmalion, 2008

 

  Critique, par Francesco Biamonte

In breve in italiano - Kurz und deutsch

« Sexe, pouvoir et argent au XVIIème siècle ». Voilà ce que promet le bandeau rouge traversant la couverture gaufrée vert et or du Grand Jeu, de l'alémanique Claude Cueni. Une telle présentation est sans doute propre à décourager la critique littéraire dite sérieuse. Du moins peut-on relever la rareté des recensions dans la presse romande, traditionnellement attentive aux traductions d'auteurs suisses. Seul le Matin Dimanche a relevé la parution, confirmant à sa manière ce que l'aspect de l'ouvrage affirmait déjà : voilà bien de la littérature populaire. En Suisse alémanique non plus, les grands journaux ne se sont guère arrêtés sur l'ouvrage, en dépit des 100'000 exemplaires vendus (paraît-il) du précédent roman de Cueni un score rarissime pour un roman suisse. Littérature populaire, donc. De qualité ? Notre réponse est oui.

La belle écriture française de la traductrice Nicole Taubes s'avère aussi confortable qu'efficace et nous projette d'un coup dans le récit. L'on y rencontre dès la première page un banquier écossais venu à Paris pour y subir une opération chirurgicale, qui échouera. Le patient évalue les chances de succès ou d'échec de l'opération en termes mathématiques de probabilités, une certaine tension s'installe entre le médecin et lui : le chirurgien représente un monde fait d'expérience et de foi; le patient représente le monde à venir, fait de statistiques et de risque, en un mot : de spéculation. Le banquier périt pendant l'opération. Son fils, John Law de Lauriston, encore enfant, devient aussitôt le protagoniste du récit, et reprend le flambeau. Le lecteur suivra dès ce moment le jeune homme jusqu'à sa mort. Mathématicien hors pair, joueur, ambitieux, séducteur, et extraordinairement sûr de lui-même, John Law trace un itinéraire d'intelligence et de conviction, de patience aussi, et d'obstination surtout : expert en calcul des probabilités, il conçoit dès sa jeunesse la plus grande idée de sa vie : le papier-monnaie. Il passera sa vie à l'imposer, et trouvera en France, en la personne du Régent Philippe d'Orléans, le soutien politique nécessaire à la mise en oeuvre de son système théorique, relançant par ce biais la croissance écomomique d'un pays en faillite, dévasté par la guerre et la misère. Ses qualités de joueur (qui remplace le hasard par les probabilités), puis le succès de son système financier feront de lui l'homme le plus riche d'Europe.

Roman historique foncièrement classique, Le Grand Jeu donne certes ça et là dans le répertoire-type du film à perruques (un tournage est d'ailleurs en cours, à ce qu'il paraît) : l'on éprouve assez souvent, avec un certain plaisir au demeurant, le sentiment d'avoir déjà vu telle scène sur un grand ou un petit écran tel carrosse, telle populace, tel salon aux chandelles. Quant au scènes de sexe promises au challand, elles saupoudrent le récit plus qu'elles n'en font partie, et ne brillent ni par leur audace, ni par leur érotisme. Mais Cueni sait construire des personnages, les faire évoluer, conserver leur identité tout en les laissant vivre et changer à travers les décennies. Il peut ainsi tracer une large fresque d'une époque sans perdre l'attention ni la curiosité de son lecteur. L'époque en question, c'est le déclin de la monarchie absolue en France, les dernières années de Louis XIV et la Régence. Or l'originalité du livre, c'est d'envisager cette phase historique sous l'angle financier.

Car pour l'auteur comme pour Law, ce ne sont ni les artistes ni les philosophes qui changent le monde, mais les économistes. L'auteur règle ainsi son compte à Montesquieu dans un paragraphe d'une étonnante dureté. Saint-Simon, qui joue un rôle important dans le texte, est traité de façon plus nuancée : son conservatisme, qui semble d'abord pusillanime, porte en lui une forme de sagesse, et son narcissisme ne l'empêche pas d'être sensible et chaleureux. L'époque voit naître le papier-monnaie, les actions, le capitalisme financier : la crise de l'Ancien Régime apparaît alors moins comme la fin d'un monde que comme le commencement d'une dynamique sociale et culturelle dont notre époque découle directement.

Le livre ne défend pas sans réserve ces changements. Mais il leur apporte fondamentalement sa sympathie. Les dégâts du capitalisme financier, dans la perspective historique de Cueni, sont inférieurs au bénéfice qu'en tire la population et la société dans son ensemble. Les grandes mutations historiques que l'on attribue en général à l'essor de la bourgeoisie et aux Lumières apparaissent ici comme des conséquences d'un changement fondamental du rapport à l'avoir, de la conception des valeurs économiques. Plus de septante ans avant la Révolution française, Cueni peint ainsi des scènes d'hystérie collective devant la Compagnie du Mississippi fondée par Law : ses actions multiplient leur valeur à une vitesse inouïe, on se piétine pour en acheter. Un envoyé de la Couronne d'Angleterre cherche à se frayer un passage jusqu'à la porte, et se fait ainsi apostropher par un aristocrate: « Seriez-vous même le Pape que vous devriez attendre votre tour comme tout le monde. Devant la Compagnie du Mississippi, tous les hommes sont égaux. »

Egaux, les hommes le sont aussi devant la mort. John Law meurt quelques années après être tombé en disgrâce : son système se heurte à la cupidité insatiable du Régent et de quelques puissants, qui impriment inconsidérément des billets pour eux-mêmes et déclenchent une crise financière sans précédent. Honni, dans l'impossibilité de faire porter la responsabilité de la catastrophe aux coupables le pouvoir politique prime sur sa puissance économique le héros fuit la France avec son fils. Il quitte la vie à Venise quelques années plus tard. Sa mort met un terme au récit, décrite en une demi-page : usant du topos du batelier, ici un gondolier coiffé d'un masque vénitien à qui le mourant remet une pièce d'or comme si le métal gardait une force symbolique et poétique que la papier-monnaie n'aura jamais , Cueni parvient à donner une sensation étonnamment crédible et profonde des dernières lueurs de conscience de son protagoniste, dans un scène d'acceptation simple et noble de la condition mortelle.

Francesco Biamonte

 

  En bref


In breve in italiano

Le grand jeu è il primo libro di Claude Cueni tradotto in francese. Questo romanzo storico, del cui genere Cueni, nato a Basilea nel 1956, è autore affermato ricostruisce il percorso di John Law, l'inventore della banconota, attraverso la Scozia, l'Inghilterra e la Francia alla fine del regno di Luigi XIV e durante la Reggenza. Per Cueni, come per il suo protagonista, l'economista, molto più dei pensatori e degli statisti suoi contemporanei, che si ritrova protagonista delle rivoluzioni sociali e culturali del suo tempo.

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Kurz und deutsch

Le grand jeu ( Das grosse Spiel , 2006) ist das erste ins Französische übersetzte Werk von Claude Cueni. Dieser klassische historische Roman geht der Figur des Ökonomen John Law nach, dem Erfinder des Papiergeldes, und begleitet ihn durch Schottland, England und Frankreich gegen Ende der Regierungszeit des Sonnenkönigs. Claude Cueni, 1956 in Basel geboren und bekannter Autor von historischen Romanen, nimmt die Perspektive seines Protagonisten an und zeigt den Nationalökonom als echten Urheber von sozialen und kulturellen Umwälzungen, weit mehr als gewisse Denker und Staatsmänner.

 

Page créée le: 15.09.09
Dernière mise à jour le: 15.09.09

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