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Ruth Schweikert
Ohio. Traduit de l’allemand par Yasmine Hoffman et Maryvonne Litaize, Paris, Métailié, 2009.

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Retrouvez également Ruth Schweikert dans nos pages consacrées aux auteurs de Suisse.

  Ruth Schweikert / Ohio

 

Ruth Schweikert / Ohio

Merete est venue retrouver Andreas dans un hôtel de luxe à Durban pour lui annoncer la mort de son père.
Ils se sont séparés quelque temps auparavant, car Merete aime un autre homme. Des années plus tard, Merete écrit leur histoire. Le roman se déroule sur ces deux temporalités, deux perspectives se confrontent : celle de l'oralité pendant la nuit à Durban, et celle de l'écriture, de la réflexion, de la mémoire. Andreas vient d'une famille aux origines multiples qui s'est fixée en Engadine. Les grands-parents paternels sont des émigrés italiens qui toute leur vie n'ont rêvé que d'une chose : émigrer plus loin encore et aller s'installer dans l'Ohio.
La famille maternelle, elle, vient d'Allemagne et fait partie de ces réfugiés qui ont dû quitter les territoires donnés à la Pologne. Tous cultivent la mémoire de leurs racines, au point d'étouffer littéralement la troisième génération, celle d'Andreas. Merete a découvert le jour où elle a rencontré Andreas qu'elle était une enfant trouvée. Elle n'a pas d'histoire, pas de mémoire, pas de racines. Ensemble ils ont découvert que le trop-plein de mémoire tout comme l'absence totale de mémoire étouffent la vie.


Le récit brillant suit les associations, les évocations, les flash-back, les bégaiements, les hésitations et les fausses pistes d'une mémoire tantôt trop pleine, tantôt désespérément vide.

Ruth Schweikert est née en 1964 à Lörrach, elle a grandi en Suisse et vit à Zurich.
Lauréate du Ingeborg-Bachmann-Fôrderpreis en 1994 pour ses nouvelles, elle est l'auteur de deux romans. Elle est actuellement chargée d'enseignement à l'université de Bienne. Ohio est son premier roman publié en France.

Ohio. Traduit de l’allemand par Yasmine Hoffman et Maryvonne Litaize, Paris, Métailié, 2009.

 

  Critique, par Elisabeth Vust

In breve in italiano - Kurz und deutsch

Publiée depuis 1994, la Zurichoise Ruth Schweikert a pu se faire connaître du public francophone en 2001 seulement, avec La poupée fourrée ( Erdnüsse Totschlagen , 1994). Ce recueil délivrait pour ainsi dire des contes d'ogresses ordinaires ; avec pour héroïnes des trentenaires peu disposées à entrer dans cette « maison de correction » qu'est le mariage, piétinant néanmoins sous domination maternelle. Femmes responsables devant la société, mais pas réellement adultes, elles ne se sentaient sécurisées ni par une mère « au cur comme une décharge d'ordures » ni par un conjoint fiable. Et lorsqu'elles-mêmes avaient des enfants, elles oscillaient entre rejet et passion dévorante envers eux. Ces nouvelles dévoilaient l'univers tout en intimité et cruauté de l'Alémanique, dont on attend toujours la traduction du premier roman ( Augen zu, 1998).

Car Ohio , qui vient de paraître en français, est le second roman de Ruth Schweikert. On y retrouve cet alliage du doux et de l'acide, ce questionnement de l'influence de chacun(e) sur son propre destin, et cet essai de la part de l'héroïne de concevoir la liberté autrement qu'un lourd filet posé sur les épaules.

Cela dit, le sujet principal de ce roman est la mémoire, dont on se dit qu'elle occupe rarement la « juste » place. Soit elle est cultivée à outrance et finit par étouffer le destin, soit son absence asphyxie le quotidien. Du coup, elle empêche autant Andreas que Merete de respirer : il vient d'une famille aux origines multiples (Italie, Pologne, Allemagne) ; elle a découvert le jour de sa rencontre avec Andreas qu'elle est une enfant trouvée.

« Les souvenirs étaient là et jugeaient le présent ». Le film du passé déroule ses bobines sur un mode aléatoire, entre boucles et ellipses, dans la chambre d'hôtel où Merete est venue rejoindre Andreas. Ce n'est pas un rendez-vous amoureux : que l'amour existe encore entre eux tous deux le savent, mais ni elle ni lui ne le ressentent plus.

« Mais comment et par quoi les choses ont-elles commencé ? ». Cette question, Merete se la pose dans les différentes temporalités du livre : dans le présent de cette nuit d'adieux (le père d'Andreas vient de mourir et c'est la dernière rencontre entre Andreas et Merete) ; dans l'espace de réflexion ouvert par cette nuit et pendant la reconstitution des événements. Car Merete est sujette à cet « étrange trouble comportemental » qu'est l'écriture.

Hormis le grand-oncle d'Andreas il a réalisé le rêve d'émigrer dans l'Ohio - les autres protagonistes recherchent encore leur terre promise. Celle-ci n'est pas forcément géographique, mais un état idéal quel qu'il soit (émotionnel, psychologique, sexuel, spirituel, ...). Ici, pas de visions de bonheur factice et rassurant ; le vivre ensemble produit étincelles et grincements ; l'atmosphère est parfois tellement remplie de non-dits, de désirs refoulés que les protagonistes évoluent à tâtons sans se voir vraiment les uns les autres. De même, les paroles sont rares et sans enrobage. Ainsi, à l'annonce de sa première grossesse, Merete déclare : « Ca ne me fait rien d'avoir un enfant ». « C'est un peu maigre, dit Andreas ». « Il faudra bien que ça te suffise, si ça me suffit, dit-elle en lui donnant un baiser devant la doctoresse ».

L'écriture est à l'image du climat relationnel : imprévisible, changeante, morcelée, passant d'un sujet et/ou d'une époque à l'autre sans crier gare. Parfois difficile à suivre, elle capte pourtant avec sa texture toute de sensations, sa pertinence, et son respect des personnages, montrés sans fards, dans leur rugosité et leurs paradoxes, sans pour autant être mis à nu, exhibés.

Comment, pourquoi les choses ont-elle commencé, continué, fini ? Ruth Schweikert ne livre aucune réponse, ne cimente pas les événements avec de la psychologie. Elle montre les éclipses de la beauté, du malheur, les tactiques de chacun(e) pour continuer à (sur)vivre et garder ses secrets.

« Personne ne veut devenir adulte, jusqu'au jour où l'on s'aperçoit que ça fait moins mal », dit le père d'Andrea. Idem pour la mort ?

Elisabeth Vust

 

  En bref

In breve in italiano

Ohio è il secondo romanzo del germanofono Ruth Schweikert e il primo a essere tradotto in francese.
Merete e Andreas trascorrono un'ultima notte insieme, dove il film del passato srotola le sue bobine in modo aleatorio. Un po' difficile da seguire, ma scritto con una lingua elettrizzante, la storia dice a che punto la troppa memoria, così come la sua assenza, possa soffocare.

***

Kurz und deutsch

Ohio ist der zweite Roman von Ruth Schweikert, der erste jedoch, der ins Französische übertragen wurde. Merete und Andreas verbringen eine letzte Nacht zusammen, in welcher sich die Spulen der Vergangenheit ungeordnet abzuspielen beginnen. Die Erzählung, nicht immer leicht nachvollziehbar, jedoch in einer elektrisierenden Sprache geschrieben, bezeugt wie erstickend sowohl die Abwesenheit als auch der Überfluss von Erinnerung sein kann.

 

Page créée le: 12.06.09
Dernière mise à jour le: 12.06.09

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