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Elena Jurissevich

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Elena Jurissevich est née à Lugano en 1976. Diplomée en Théologie protestante (Lausanne) et en Lettres (Genève), elle a publié son premier recueil poétique, Salmi di secondo tipo , aux éditions Alla chiara fonte, Viganello, en 2005.

Nous présentons ici un choix de poèmes tirés de ce recueil dans la version italienne originale, ainsi que dans les traductions française et allemande de Christian Viredaz et Jacqueline Aerne.

Nos vifs remerciements vont à l'éditeur, Alla chiara fonte, ainsi qu'au Centre de Traduction Littéraire de Lausanne pour avoir mis les traductions allemandes à notre disposition.

 

  Salmi di secondo tipo


français - deutsch - italiano

Français

Quatre poèmes tirés de Salmi di secondo tipo

Une lune. Le trouble liquide
du magnolia.

Tu sais que tu me plais.

Le rat et le chat.

Non. Arrête le cache-cache de l'absence,
du quand je te veux viens à moi.

Et te dire. Tu es pour moi
le vide et le plein
et dans le désert le cosmos.
Seulement ici sur le papier.

Va-t'en, mur, sors de lui

liquéfie le béton en chair armé
laisse-le homme et fragile
non plus métallique et debout                    s'asseoir
et moi l'effleurer
et lui pour la première fois                          se taire
simplement
homme et
entier.

***

Dans le crépuscule tendu j'ai vu l'arbre
que je suis. Il a passé
ses bras autour du soleil, puissant il s'est soulevé
te laissant là le cur ouvert.

Déjà il s'est mis en chemin.
L'hiver, il est plus leste.
Nous courrons à grandes enjambées
confiants
en direction de l'été.

Défaits les nuages.
Enluminé le crépuscule.

Au lieu de quoi tu parles tu souffres tu as aimé.
Et d'un coup tu m'enterres le désir
et le silence.

Trop de chair entassée. Qui ne rassasie pas.
Je ne te veux pas, à l'abattoir.

Je cherchais un instinct
sans paroles
un corps
qui avec le sien
noie le mien.

***

Aujourd'hui encore je m'endors
les lèvres de sel.

Mais, ce n'est plus toi.
C'est le sable que j'ai avalé
pour ne pas te reconnaître.

Tu étais en moi
fond corallin que tu lis transparent
lumière d'éclair qui dit le monde
libellule friable de lune entrouverte.

Plus maintenant.
Tu n'es pas
ce que je voulais et n'osais
devenir.

Ferme la porte, jette la clé.

Oublie la chambre, biffe la route,
ne pense plus au corps qui flambe,
ne touche plus l'héma qui coule à flots,
ne guée plus ce fleuve pourpre.

Barre toujours la porte bleue,
ne tourne plus jamais la clé rouge.

N'invoque plus le grand calmar,
qu'il rosisse le fond de l'océan.
Tranche les tentacules, fais éclater l'étreinte,
si de la chambre un chant t'envoûte.

Adieu route
qui doucement délaies, dense, le charnier.

***

Tolle lege .
Ne pose pas de questions.
Je te parle parce que tu me regardes et tu ne sais pas
me voir tu m'écoutes sans m'entendre
et je continue parce que tant que je ne meurs pas
les morts qui marchent ne meurent pas.

S'il y a miracle.
Sois l'ocarina qui siffle
balbutiement fissuré qui crépite
écorce qui saigne.

Ne remue pas l'instant
d'humanité.

De cette glace libère-moi, Seigneur.

Car je ne puis, seule, survivre
au gel, le savoir, et suivre la vie.
Car il assassine le sacré : parmi les mortels
la compassion.

Protège, ô Seigneur, du cocyte
sous la lune et le soleil les êtres que j'aime,
humains.

Traduit de l'italien par Christian Viredaz

 

Deutsch

Vier Gedichte aus Salmi di secondo tipo

Ein Mond. Die flüssige Unruhe
der Magnolie.

Du weißt, du gefällst mir.

Die Ratte und die Katze.

Nein. Hör auf mit dem Versteckspiel der Abwesenheit
mit dem wenn ich dich will komm zu mir.

Und ich sage dir. Du bist für mich
die Leere und die Fülle
und in der Wüste der Kosmos.
Nur hier auf dem Papier.

Geh' Mauer hinaus aus ihm

löse den Beton in Leib auf
hinterlasse ihn Mann und zerbrechlich
nicht mehr stehend und aus Metall                     sitzen
und ich berühre ihn
und er zum ersten Mal                                            schweigen
einfach
Mann und
ganz.

***

In der gläsernen Dämmerung habe ich den Baum
gesehen, den ich bin. Er hat die Arme
um die mächtige Sonne geschlungen, hat sich erhoben
und dich dort bei offenem Herzen hinterlassen.

Er ist bereits unterwegs.
Im Winter ist er geschwinder.
Mit langen schnellen Schritten
gehen wir vertrauensvoll
dem Sommer entgegen.

Die Wolken losgebunden.
Die Abendröte erglüht.

Du hingegen sprichst leidest hast geliebt.
Und auf ein Mal begräbst du mich, Begehren
und Schweigen.

Zu viele angehäufte Körper. Sättigen nicht.
Dich will ich nicht, im Schlachthaus.

Ich suchte einen Instinkt
ohne Worte
einen Körper
der mit seinem meinen
ertränkt.

***

Noch heute schlafe ich ein,
die Lippen aus Salz.

Doch, du bist es nicht mehr.
Es ist der Sand den ich verschlungen habe
um dich nicht wiederzuerkennen.

Du warst in mir
Korallenriff der luftig liest
du warst Lichterleuchten der die Welt benennt,
flattrige vom Monde enthüllte Libelle.

Nicht mehr.
Du bist nicht
was ich werden wollte und
nicht wagte.

Schließe die Tür, den Schlüssel wirf weg.

Vergiss das Zimmer, streiche die Strasse,
an den glühenden Körper denke nicht mehr
die strömende Ader berühre nicht mehr
und den roten Strom durchquere nicht mehr.

Verriegle für immer die blaue Tür,
dreh nie mehr am roten Schlüssel.

Nie mehr flehe den Tintenfisch an,
dass er den Meeresgrund rosa färben soll.
Zerschneide die Fangarme, sprenge die Umklammerung,
sobald aus dem Zimmer ein Gesang dich verführt.

Lebewohl Strasse
langsam löse sich zäh das Gemetzel.

***

Tolle lege .
Frage nicht.
Ich spreche mit dir, weil du mich anschaust und du mich
nicht siehst mich hörst ohne mir zuzuhören
und ich gehe weiter weil bis ich sterbe
bis die wandelnden Toten nicht sterben.

Falls es Wunder gibt.
Sei die summende Okarina
knisterndes gesprungenes Stammeln
blutende Rinde.

Bewege nicht den Augenblick
Menschlichkeit.

Befreie mich, oh Herr, aus diesem Eis.

Denn, alleine, kann ich den Frost nicht
überleben, bewusst sein und Leben folgen.
Der das Heilige tötet: das Mitleid
unter Sterbenden.

Bewahre, oh Herr, unter Sonne und Mond
vom gefrorenen Tränensee meine Menschen,
die Geliebten.

Aus dem Italienischen übersetzt von Jacqueline Aerne

 

Italiano

Quattro poesie tratte da Salmi di secondo tipo

Una luna. Il turbamento liquido
della magnolia.

Lo sai che mi piaci.

Il ratto e il gatto.

No. Smetti il rimpiattino dell'assenza
del quando ti voglio io vieni a me.

E dirti. Tu per me sei
il vuoto e il pieno
e nel deserto il cosmo.
Solo qui sulla carta.

Vattene muro fuori da lui

squaglia il betone in carne armato
lascialo uomo e fragile
non più metallico in piedi                      sedere
e io sfiorarlo
e lui per la prima volta                            tacere
semplicemente
uomo e
pieno.

***

Nel crepuscolo teso ho visto l'albero
che sono. Ha avvinghiato
le braccia al sole potente s'è sollevato
lasciandoti lì a cuore aperto.

Già si è messo in cammino.
D'inverno è più lesto.
Correremo a lunghi passi
fiduciosi
in direzione dell'estate.

Disciolte le nuvole.
Miniato il tramonto.

Invece parli soffri hai amato.
E d'un colpo mi interri desiderio
e silenzio.

Troppa carne accalcata. Non sazia.
Non ti voglio, al macello.

Cercavo un istinto
senza parole
un corpo
che con il suo il mio
annegasse.

***

Ancora oggi mi addormento
le labbra di sale.

Ma, non sei più tu.
È la sabbia che ho inghiottito
per non riconoscerti.

Tu in me eri
fondale corallino che leggi trasparente
luce di lampo che dice il mondo
libellula friabile da luna dischiusa.

Non più.
Non sei
ciò che volevo e non osavo
divenire.

Chiudi la porta, getta la chiave.

Scorda la stanza, radia la strada,
più non pensare al corpo che avvampa,
più non toccare l'ema che fiotta,
più non guadare quel pótamo rosso.

Spranga per sempre la porta blù,
mai gira più la chiave rossa.

Non invocare più il calamaro,
che arrosi il fondo dell'oceàno.
Trancia i tentacoli, scoppia la stretta,
se dalla camera t'ammalia un canto.

Addio quella strada
che piano stemperi densa il carnaio.

***

Tolle lege .
Non domandare.
Ti parlo perché mi guardi e non sai
vedermi mi ascolti senza sentirmi
e continuo perché finché non muoio non
muoiono i morti che camminano.

Se vi è miracolo.
Sii l'ocarina che fischia
crepata balbuzie che crepita
scorza che sanguina.

Non muovere l'istante
di umanità.

Da questo ghiaccio liberami, o Signore.

Ché non posso, sola, sopravvivere
al gelo, saperlo e seguire vita.
Ché assassina il sacro: fra mortali
la compassione.

Proteggi, o Signore, dal cocito
sotto la luna e il sole gli esseri che amo,
umani.

 

Elena Jurissevich

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Page créée le 15.03.07
Dernière mise à jour le 15.03.07


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