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Editions Samizdat

Denise Mützenberg
8 chemin François-Lehmann - 1218 Grand-Saconnex
Tél. 022 734 05 92
sampoesie@gmail.com
http://www.editionsamizdat.ch


Parutions 2010
 

  Jacques Roman / L'élan, l'abandon

Jacques Roman / L'élan, l'abandon

«Jacques Roman est né en 1948 à Dieulefit (France). Après une formation professionnelle à Paris, il vit et travaille en Suisse romande dès 1970. Il est établi à Lausanne. Comédien et metteur en scène, il se consacre à l'écriture depuis 1967. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages poétiques»

"Tout a commencé ainsi. Tu as écrit sur une page blanche : l'élan , l'abandon. Et, tu peux le dire, si étrange que cela puisse paraître : d'avoir écrit sur cette page ces deux mots te la rendait plus blanche encore. Entre élan et abandon, tu as tracé une virgule. Cette virgule ! Précisément le geste qui pointant l'en-haut comme plongeoir dans l'élan se jetait vers l'en-bas comme nageur en la vague. Ce geste d'écrire la virgule était lui-même élan, abandon (il est vrai que toi tu es encore du monde où la main pense). Que d'images en foule se levèrent à l'apparition de ces deux mots accolés. Cette fulgurance, ce raccourci, naître et mourir."

Jacques Roman


. depuis plus de trente ans qu'il foule les planches des théâtres romands, on connaît bien sa haute stature, sa présence impérieuse et sa voix profonde qui insuffle aux textes vie et mouvement. Mais il est aussi l'auteur d'une trentaine d'ouvrages - recueils poétiques et prose, livres d'artistes, pièces de théâtre et radiophonique. Ecriture et scène sont les deux facettes indissociables d'une démarche qui s'élabore par bribes - «débris».

Anne Pitteloud

***

Si proches sont les morts à notre épaule.

ll faut inscrire ce livre dans le temps où Jacques Roman, après avoir achevé "Je vous salue l'enfant à l'heure de notre mort"* se demande s'il écrira encore. Sa poésie tourne depuis toujours autour d'un non-dit, d'une blessure secrète. Cet interdit marque au fer et troue chaque texte. Véhémente, tournoyante, une parole s'épuise à "ne pas dire".
Une nuit, - pourquoi? - le rideau se lève sur l'aveu, un seuil est franchi. De l'autre côté de l'insomnie, ce livre tendre peut naître. On pouvait lire dans "X° de Solitude Nord" **: Le jour où la mort n'entrera plus dans le champ de l'écriture. et la phrase restait en suspens. Peut-on dire qu'ici le poète reprend la phrase interrompue, la continue, la faufile, longue et sinueuse au long des pages? Ce n'est plus la mort qui hante le champ de l'écriture, ce sont les morts aimés qui l'habitent.
* Editions de l'Aire, Vevey, 2008.
**Editions Eliane Vernay , Genève , 1983 .

Claire Krähenbühl

Jacques Roman, L'élan, l'abandon, Editions Samizdat, 2010, 56 pages.

 

  Anne Bregani / Le Temps de l'Arc

Anne Bregani / Le Temps de l'Arc

Le plus beau cadeau pour une éditrice : accompagner, de recueil en recueil, la maturation d'une oeuvre significative ! En être témoin, à la fois averti et surpris. Se tenir au bord d'une voie dont on avait entrevu jadis les contrées traversées, à l'écoute d'une voix à l'ampleur pressentie.

Un mystérieux vivant surgit au centre du sixième recueil d'Anne Bregani. Tantôt guerrier, tantôt danseur, jeune prince bondissant ou chanteur à la lyre.

Est-ce l'Achille des anciens mythes ?
Mais il parle aussi au féminin:
Passante je vais/ renouant mes chaussures
(.obstinément je cherche / le joyau trouvé en rêve

Et pourrait être notre contemporain(e).
Les artificieux écrans/t'ont-ils /
dans la toile de leurs méandres / égarée ?


Quête, combat, initiation, dépouillement (ma cosse éclate, je me retrouve à nu), cette démarche poétique nous atteint une fois de plus au défaut de la cuirasse, au coeur du coeur :

.tu ne sais
si tu es fragile/ou forte
vivante/ou morte
tu vas tu vas / tremblant nautonier
sur la barque tirée au sort/ pour cette vie à toi donnée

le vertige te saisit/quand tu comprends soudain
que l'océan est aussi le port

Une fois encore, Anne Bregani met le feu à la parole.

Denise Mützenberg

Anne Bregani, Le Temps de l'Arc, Editions Samizdat, 2010, 120 pages.

 

  Luiz-Manuel / Un lampyre en hiver

Luiz-Manuel / Un lampyre en hiver

Luiz-Manuel par lui-même

Il est fou de mots, probablement comme tous les traducteurs: il les traque, parfois d'une langue à l'autre; il les apprivoise ou les rejette, les raccourcit ou les rallonge - à la manière de Procuste. Il va même jusqu'à les détourner... Il tente souvent de pervertir le discours poétique en y insérant des mots à première vue totalement dépourvus de charme - le mot comptable, par exemple, que l'on peut même, tout compte fait, parer de mille oripeaux poétiques. Ses recueils sont toujours construits - comme les maçons d'antan construisaient des murs de moellons. Il écrit beaucoup et amasse des textes; puis il les reprend, leur donne parfois une autre forme et les assemble selon une logique qui relève plutôt de l'intuition. Il écrit tantôt à l'ordinateur, tantôt dans l'urgence, sur n'importe quel support. Il rejette beaucoup de moellons: la série «Epaves sibyllines» comptait, au départ, soixante sizains d'un seul tenant: il en a ôté la moitié. Sur les trente qui restaient, ses éditrices en ont encore retranché dix. Mais peut-être que ces quarante moellons jetés au rebut pourront servir pour un autre mur?


Luiz-Manuel n'aime pas l'hiver.

L'hiver qui seul va s'épanouir parmi les imprécations et les soupirs - hiver honni où nous gisons désabusés, épaves sibyllines que la neige assoupit.
L'hiver, figure à la fois de la vieillesse qui s'annonce : Il n'y a plus rien à boire dans notre vie et du déclin supposé de notre terre et de l'humanité qui la saccage: le sable seul subsistera .
Fin d'une existence, fin d'un monde : l'hiver, la mort. Constat désespéré.
Alors, quel est ce « lampyre » qui brille dans le titre de son dernier recueil ?
C'est par les nuits d'été que la femelle sans ailes du ver luisant oriente sa petite lampe vers le ciel pour se signaler aux mâles qui volent dans le noir ! C'est donc dans le poème seul qu'un lampyre peut luire en hiver. Telle est la magie de la poésie : faire clignoter l'espoir au coeur même des ténèbres. Grâce au mystérieux pouvoir de la parole.
Il faut entendre Luiz-Manuel lire ses textes - en français comme en portugais - manger ses mots avec gourmandise ! Il en reste toujours bien assez d'audibles pour y percevoir battements d'ailes, frôlements d'élytres, bourdonnements, froissements de branches mêlés au chant du ressac:
l'été, la vie.
Je voudrais apprendre le dialecte des oiseaux et des cachalots écrit-il. On en vient à se demander, à le lire, s'il ne le parle pas déjà.

Denise Mützenberg

Luiz-Manuel / Un lampyre en hiver, Editions Samizdat, 2010, 80 pages.

 

  Patrice Duret / L'exil aux chemises mouillées

Patrice Duret / L'exil aux chemises mouillées

«Né le 10 juillet 1965, cancer ascendant poissons, je sens en moi un excès d'eau (qui me pousse parfois vers de drôles de rivages). J'essaie de compenser par du feu (un certain enthousiasme) et une poignée de terre pour structurer. Mon air, c'est pour rêver.»

Patrice Duret

***

Un voyage de deux ans ou cinquante pages, en vers et en Grèce - rêvé peutêtre comme rêvait Cendrars. Au premier regard la forme paraît classique : des quatrains de quatre pieds en trois strophes bien disciplinées. Lire à haute voix change la donne : dans leur cadre grillagé, les mots gambadent, sautent d'une ligne à l'autre, d'un sens à l'autre à travers le carnaval/des pt'ites ratures...


Mais c'est à nous de tenir la cadence : il faut gommer - gober - les syllabes en trop. Ce voyage qui cahote pourrait nous bousculer le corps comme l'oreille : jouer cailloux/dedans la langue.. Pourtant, quand on se laisse porter, la route se change en rivière et nous entraîne. Au cours du périple, on croise des buffles, une fille à l'oeil de vouivre, un ermite, des poètes. Malgré les clins d'oeil, Maroussis, Patras et le pâtre forcément grec, la balade - ou ballade - a quelque chose de folk-blues et son rythme lancinant nous pousse plutôt sur les traces de Ginsberg, on the Road.

Claire Krähenbühl

Patrice Duret, L'exil aux chemises mouillées, Editions Samizdat, 2010.

 

Page créée le 15.04.10
Dernière mise à jour le 15.04.10

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