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Bulletin février 2007

 

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Site Internet du Service de Presse Suisse en faveur de la création, de la diffusion et des échanges littéraires

Editorial

Trois petits événements

L'engagement littéraire, et plus largement les liens entre monde littéraire et monde social, sont au coeur des pages de ce mois, avec nos invités Raphaël Baroni et Jérôme Meizoz. Car si certaines conceptions de la littérature engagée paraissent aujourd'hui naïves, voisines de la propagande plutôt que de l'art,  de nombreux écrivains et critiques cherchent des voies différentes pour inscrire leur travail littéraire dans la réalité sociale et politique. Par une sorte d'ironie du sort, pour ne pas dire un sarcasme, la présence de ces invités coïncide avec trois événements peu réjouissants pour les milieux de la création, d'importance diverse.
Le premier est la publication par le magazine alémanique Facts , réputé plutôt sérieux et porté sur l'investigation, d'un article dénonçant les sommes prétendument astronomiques allouées aux écrivains de ce pays, et qui le seraient d'après l'auteur de l'article sur la base de critères idéologiques et non littéraires. Mal informé (ou de mauvaise foi?), dénué de rigueur, recourant volontiers aux arguments d'autorité, l'article déballe à l'envi des chiffres bien sûr décontextualisés par lesquels il se donne des allures scientifiques. Il crédite sans la discuter une idée fausse mais qui marche bien ces temps-ci, selon laquelle l'aide publique ne devrait soutenir que les oeuvres et les auteurs qui ont du succès et font de gros tirages; c'est oublier que la subvention, dans son principe même, doit permettre l'existence de choses qui sans elle ne pourraient exister (Harry Potter par exemple n'a pas besoin de subventions). Un  journaliste (ou un journal) en manque de visibilité joue donc la tactique de l'esclandre. La question du financement de la culture mérite certainement des débats, et nous serions les premiers à en mettre en question les rouages; mais il faut regretter qu'un média tel que Facts pose la discussion sur des bases aussi peu constructives. Soit. On laisserait passer avec un soupir s'il n'y avait le reste.
Notre extrême droite à nous, en effet, l'Union Démocratique du Centre, premier parti du pays, vient de publier sa vision du financement de la culture. Même son de cloche, en gros: trop d'argent gaspillé pour ceux que Facts ne se gênait pas d'associer sous les étiquettes de juifs, d'homosexuels et de tsiganes l'UDC refuse de son côté tout soutien culturel aux "gens du voyage" ne sont-ils pas les pervertisseurs et pervertis traditionnels de notre société traditionnelle à nous autres? Le papier de l'UDC conteste l'idée que la culture puisse avoir de l'importance pour la société. Ainsi la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) aurait tort d'investir dans des projets culturels dans les pays qu'elle cherche à soutenir.  L'aptitude de la culture à recomposer des tissus sociaux est pourtant avérée selon de nombreux spécialistes et professionnels du développement  (et pas seulement de la culture); l'idée mérite en tout cas plus qu'une disqualification de principe.  Simultanément, l'UDC estime que la Fondation ProHelvetia doit disparaître, absorbée par l'administration fédérale. Aussitôt après avoir dit que le politique n'avait pas à se mêler de culture, cette dernière n'ayant pas d'importance réelle dans la société, l'UDC propose ainsi de manière contradictoire de remettre l'intégralité du financement public de la culture aux mains de l'administration fédérale. Nouveau soupir.
Troisième événement: l'interdiction de projeter à Zurich "Salò, les 120 jours de Sodome", de Pier Paolo Pasolini. Qualifié de "pornographie violente", le film a été momentanément interdit. Manifestement, les censeurs (et les citoyens nombreux qui les ont soutenus) ne savent pas que Salò est le lieu ou le fascisme italien rassembla ses dernières forces; il ne savent pas que "Les 120 journées de Sodome" est un titre de Sade. Que ce film d'un des plus grands écrivains et cinéastes italiens du XXème siècle se présente dès son titre comme une métaphore politique et un discours sur la violence et la perversion, cela, ils ne pouvaient pas le voir. Par l'effet de l'ignorance, une oeuvre d'un cinéaste réputé majeur, plutôt que d'être soumise à la critique et au débat, a été tout simplement retirée de l'espace public.
Bonne nouvelle! La police de Zurich est revenue sur sa décision: "Salò" pourra être projeté. «Diverses discussions et réactions, ainsi que des jugements dans les pays voisins, montrent que la police n'a manifestement pas assez tenu compte de la valeur artistique» du film, a indiqué la police municipale zurichoise dans un communiqué. Ouf. Il y a encore les pays voisins.
Quelle prise l a littérature peut-elle avoir sur la réalité sociale et politique, et par quel biais? Telle est l'une des principales questions que nous adressons à nos invités de ce mois. La réponse est difficile, nuancée. En revanche, le pouvoir du politique sur la culture n'est plus à démontrer.

Francesco Biamonte

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Sommaire Février 2007

L'inédit
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Dans le cadre de notre partenariat avec Lettres-frontière, et grâce aux Editions Actes Sud, nous présentons ce mois des pages du deuxième volume du journal de Paul Nizon, Le Livret de l'amour , à paraître prochainement.


L'invité

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Deux ouvrages collectifs récemment parus chez Antipodes s'interrogent sur les liens entre littérature et monde social.  Formes de l'engagement littéraire (XVè XXIè siècles) commente l'impact que la littérature cherche parfois à avoir sur la société ; Littérature et sciences sociales dans l'espace romand  examine  quel impact les disciplines littéraires pourraient avoir sur les sciences sociales. Co-directeurs respectifs de ces deux publications, Jérôme Meizoz et Raphaël Baroni nous ont accordé un long entretien.


Les Livres du mois

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Pascale Kramer dessine une oeuvre romanesque absolument singulière et magnifique. La parution de ce nouveau titre, Fracas , est pour nous un événement. Avec un article de Pierre Lepori, et un renvoi aux premières pages de Fracas , présentées sur nos pages dernièrement en rubrique "L'Inédit".
(Page en français avec résumé en italien / 
Pagina in francese con riassunto in italiano)

Un avant-goût de printemps est la première traduction française d'un livre  Alex Capus . Elle nous confronte à des malfrats, qui se marginalisent par idéal mais n'en épousent pas moins la violence, criminels paradoxaux sortis d'une histoire vraie. Elisabeth Vust commente le livre, parcouru par l'espoir du bonheur et de l'amour, tandis qu'Alex Capus, dans un entretien, prend quelque peu la tangente de peur de se prendre au sérieux.
(Page en français avec résumé en italien / 
Pagina in francese con riassunto in italiano)

Certains critiques ont pu parler d'une école suisse  du roman policier. Hansjörg Schneider en est un représentant, et son commissaire Hunkeler n'est pas très éloigné du commissaire Studer campé par Friedrich Glauser. Beat Mazenauer nous raconte sa dernière enquête, Hunkeler und der Fall Livius , qui bien sûr ne se limite pas à sa dimension policière.
(Seite auf deutsch mit französische und italienische Resümee / Page en allemand avec résumé en français / 
Pagina in tedesco con risassunto in italiano / Seite)

José-Flore Tappy,  poursuit avec Hangars une oeuvre poétique d'une "solaire âpreté", selon la formule de Marion Graf. Marie-Laure König s'entretient avec la poétesse, et choisit pour nous quelques poèmes.
(Page en français avec résumé en italien / 
Pagina in francese con riassunto in italiano)

Dans Autour de ma mère , Catherine Safonoff reconstitue le passé d'une fille dont la mère perd la mémoire. Marie-Françoise Piot rend compte ici de ce livre.
(Page en français avec résumé en italien / 
Pagina in francese con riassunto in italiano)

Federico Hindermann est une figure particulière de le littérature suisse, parfaitement inconnue en Romandie. Poète, auteur d'aphorismes, traducteur, éditeur et journaliste, grand connaisseur de nombreuses littératures, il a écrit ses propres livres aussi bien en italien qu'en allemand. Yari Bernasconi commente son dernier recueil Girandola di farfalle , et s'en entretient avec l'auteur.
(Pagina in italiano con riassunto in francese / Page en italien avec résumé en français)


Et encore...
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Page créée le 16.02.07
Dernière mise à jour le 16.02.07

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